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Le voyage au jour le jour


Grand nord Grand large, organisateur de voyages polaires, a affrété le Plancius pour une croisière francophone. Nous sommes un groupe de 14 ornithologues de l’agence Escursia, parmi une centaine de passagers, notre guide personnel est Philippe Dubois, ornithologue, écologue, écrivain et conférencier. L’équipe de GNGL (8 guides) menée par Tarik est très professionnelle et spécialiste des mondes polaires, les membres d’équipage cosmopolites sont compétents et notre capitaine russe Alexey Nazarov, est aguerri à la navigation en mer gelée.
Le navire Plancius a été construit en 1976 en tant que navire de recherche océanographique pour la marine royale néerlandaise. Il a navigué pour elle jusqu'en juin 2004, et a alors été acheté par Oceanwide Expeditions. L’avantage d’un grand bateau est la possibilité de faire du chemin, nous avons parcouru 2 852km en 9 jours, ce qui nous a permis non seulement de rejoindre la banquise mais d’atteindre aussi l’île de Kvitoya à l’extrême nord-est de l’archipel. Le séjour était organisé en sorties zodiac avec ou sans débarquement à terre, alternant avec des conférences dans le grand salon, et périodes de navigation pure comme le jour où nous avons atteint la banquise.
Voir la galerie.

Pour en savoir plus sur l'archipel visiter ce site : http://www.svalbard.fr

1er jour (1 et 2 août)

Départ de Paris-Roissy vers 15h avec une heure de retard, arrivée à Olso à 17h13 puis décollage à 21h45 pour Longyearbyen où nous atterrissons à 0h40, accueillis par un superbe soleil de minuit. Le survol du sud de l’île nous offre un magnifique paysage de montagne partiellement enneigées. Nous prenons possession de notre chambre vers 1h30.

 

Après une nuit courte nous partons vers 8h30 explorer les abords de Longyearbyen le long de Adventfjorden vers le chenil et le lac Isdammen, au-delà il est interdit de s’aventurer sans fusil à cause de la présence de l’ours. Nous longeons les vasières et rencontrons nos premiers oiseaux : bernaches nonnettes, sternes arctiques (avec un individu qui nichait à 3m de la route et dont j’ai subi une attaque en règle lors de mon retour), quelques limicoles, une mouette rieuse de 2ème année, des labbes parasites…. le 1er renard polaire, près des maisons, et des rennes. Température douce, entre 10 et 15° mais venteux, que çà fait du bien après la cannicule. C'est à Longyearbyen que se trouve la réserve mondiale de semences. Elle subit actuellement des problèmes d'innondation dûs au dégel du permafrost. Elle est située près de l'aéroport.

L’après-midi était organisée une excursion vers la ville fantôme de Pyramiden. Après 2h de navigation dans le Billefjorden et notre 1er glacier Nordenskiöld, nous atteignons cette ancienne cité minière russe qui a été abandonnée à la fin des années 90 et restée telle quelle depuis. Elle comprenait un hôpital, une salle de sport, un centre culturel, une piscine, une aire de jeux…Elle comptait alors 1000 habitants. Actuellement 7 personnes occupent les lieux en période estivale et font visiter la ville. En 2013, l'ancien hôtel « Tulpan »  a rouvert ses portes. Les autres habitants de la citée sont les centaines de couples nicheurs de mouettes tridactyles qui colonisent toutes les fenêtres des bâtiments, même l’hôtel n’est pas épargné, et le renard polaire, 2 jeunes individus de couleur sombre attendant la chute d’un poussin.

Le temps s’est dégradé au cours de la journée, soleil et nuage le matin puis le ciel s’est couvert de plus en plus et la pluie est arrivée.
L’embarquement sur le Plancius est prévu vers 22h. Lorsque nous arrivons au port nous avons la surprise de voir que le bateau n’est pas à quai, on nous attend avec un zodiac, nous enfilons pour la première fois les gilets de sauvetage. Quelques minutes (et vagues !) plus tard, nous montons à bord où nous sommes chaleureusement accueillis. Ayant pris place à l’avant dans le zodiac je prends les paquets de mer de face et je suis complètement trempée, comme mes petits camarades, les bagages ne sont pas épargnés.
Nous prenons possession de nos cabines et nous nous réunissons au grand salon du pont cinq, pour un court briefing de sécurité obligatoire. Les autres passagers arrivés le jour même embarquent bien plus tard et nous levons l’ancre vers 3h pour une nuit de navigation.

2ème jour (3 août)

Le matin découverte du navire, de l’équipe, briefing "AECO" l’organisation qui contrôle l’activité de tourisme en arctique, et le « drill », exercice obligatoire de sécurité. Nous jetons un coup d'oeil aux canots de sauvetage pouvant accueillir 70 passagers, pas fait pour les claustros.
Après le déjeuner, notre première sortie, nous débarquons à Ny-Alesund, la "ville" la plus septentrionale du monde. Ancienne cité minière elle est maintenant une station scientifique internationale, dont l’Institut polaire français Paul Emile Victor . Les chemins nous conduisent jusqu’au chenil ou au buste de Roald Amundsen, connu pour être le premier à avoir atteint le pôle sud, mais également pionnier du survol du pôle nord en dirigeable avec l’italien Nobile. On découvre le magasin le plus au nord de la planète où chacun s’engouffre pour ramener un souvenir, ainsi qu'une poste et un musée. Temps gris, peu de vent, 10°C. Un superbe renne mâle très proche, sternes, bernaches nonnettes...
Premier contact avec la toundra et sa flore.


En soirée nous naviguons jusqu’au glacier du Roi, très proche, le soleil baigne ce splendide fjord bordé de majestueux glaciers sous les crêtes montagneuses des « trois couronnes ». Nous sommes gratifiés de la visite d’un bélouga, étonnant mammifère marin blanc de la famille des dauphins.
Nuit de navigation.

 

3ème jour (4 août)

Le premier débarquement en « pleine nature » est prévu ce matin. Il a lieu à Reinsdyrflya, une immense plaine de 250 km2. La zone est recouverte d’une très belle toundra. Le temps est brumeux et il pleut en fin de matinée, 7°. Peu d’observation d’oiseaux sauf un premier contact avec les harèldes boréales sur un petit plan d’eau, des oies à bec court dans le lointain ( j'ai pu à nouveau les observer à Ouessant en migration fin septembre, je vous propose quelques photos). Au cours de notre sortie, le navire du gouvernement du Svalbard ne nous à pas quitté des yeux.

L’après-midi est consacré à une sortie en zodiac d’une heure et demie, à l’intérieur du Woodfjord, le long des superbes glaciers de Hovbreen et de Monaco, ce dernier mesure près 5km de large. Le temps est clair. Nous naviguons à travers les glaces et observons un superbe iceberg bleu et quelques phoques barbus. Les vêlages de glaciers (masses de glace se détachant du glacier) sont impressionnants. Nous ressentons le froid de la glace.
Nuit de navigation.

 

4ème jour (5 août)

Entrée dans le Hinlopen jusqu'à Torellneset où l'on débarque, site très minéral, typiquement polaire, constitué d’une succession de terrasses marines caillouteuses, quelques rares saxifrages arrivent à pousser. Nous sommes sur une échouerie de 300 morses mâles. Certains atteidront à pied la calotte glacière Végafaunna. Temps très brumeux et froid 4-5°.

Dans l’après-midi nous remontons le détroit d’Hinlopen pour atteindre le site dAlkefjellet où nous attend une colonie d’environ 120 000 guillemots de Brünnich nicheurs qui se livrent à d’incessants va-et-vient entre la mer et les falaises de dolérites. Le soleil est de retour, il fait 10°.
En naviguant au pied des falaises nous avons la joie de rencontrer une ourse polaire et ses deux petits de l’année qui cherchent entre les blocs d’éboulis de quoi s’alimenter. Un des jeunes trouve une carcasse de guillemot et s’en délecte discrètement à l’abri du regard des autres. Enfin, tard dans la soirée, nous avons la chance d’apercevoir au loin une baleine bleue qui progresse à quelques centaines de mètres à l’avant du bateau. Nous la suivons pendant un long moment, puis faisons demi-tour en la laissant suivre sa route.
Nuit de navigation vers la banquise.

5ème jour (6 août)

Au réveil temps très brumeux, pas de visibilité, et soudain vers 9h30 grand soleil, ciel bleu, nous sommes entourés de glaces, c'est la banquise, il fait 4°. Les chocs contre la coque du bateau sont impressionnants. Nous passerons toute la journée dans cet environnement, nous naviguerons jusqu'à la latitude de 82°44.2677’N, le point plus au nord jamais atteint par le Plancius. Nous sommes alors à 811km du pôle nord. Paysage grandiose que chacun rêvait de voir un jour. On repère un ours au loin, couché dans la neige. Petit point blanc-cassé sur fond blanc, l’animal est extrêmement difficile à localiser, mais le bateau se faufile entre les plaques pour s’en approcher. A une centaine de mètres le bateau s’immobilise. Curieux, l’ours se lève et se dirige vers nous. Il renifle les odeurs du bateau, intrigué par notre présence en son domaine, et s’approche à seulement quelques dizaines de mètres. Cette rencontre « nez à nez » avec le plus puissant prédateur de l’arctique, au sein de cette immensité de glace, et sous un magnifique ciel bleu, restera sans aucun doute l’un des moments forts du voyage. Peu de temps après un deuxième individu est repéré, il est proche d'une carcasse de jeune narval, un cétacé extrêmement rare dans cette partie du monde. Un goéland bourgmestre et 11 mouettes blanches s’en repaissent également, observation rare puisque cette espèce de mouette ne quitte jamais la banquise ou les glaciers, elle est de ce fait menacée par le réchauffement climatique et la fonte de son habitat. On n'en oublie même le déjeuner. En fin d’après-midi nous quittons à regrets ce magnifique paysage et nous replongeons dans le brouillard.
Nuit de navigation.

6ème jour (7 août)

Au réveil ciel gris et pluvieux, 4°, houle et vent sont au rendez-vous ainsi que le mal de mer pour moi et beaucoup d’autres. Programme chamboulé : nous ne ferons pas de sortie zodiac, nous passons devant l’île Charles XII où 6 ours avaient été repérés la veille. L’équipe propose une série de conférences tout au long de la journée mais ce sera sans moi. On annonce une conférence en fin d’après-midi de Philippe Dubois, je fais un gros effort pour me lever, je rencontre le médecin qui me donne une pilule miracle contre le mal de mer (évidemment ce médicament n’existe pas chez nous) et me voilà ressuscitée. Je peux prendre mon premier repas de la journée.

Heureusement, la météo se fait plus clémente en fin de journée, alors que nous atteignons le front glaciaire de la calotte d’Austfonna, bordant la Terre du Nord Est. Nous passons plus d’une heure sur les ponts extérieurs à admirer le mélange magnifique de la glace, de l’eau et des cieux réunis. Avec ses 8500 km2, cette calotte est la troisième plus grande du monde après celles de l’Antarctique et du Groenland. Son front glaciaire est le plus important de tout l’hémisphère Nord avec ses 160 km de long. Nous n’en parcourrons qu’une petite partie, mais choisie : c’est la zone où advient la fameuse surge du siècle : c’est l’accélération brutale (d’un facteur cent !) de la vitesse de déplacement de la glace. Un phénomène d’une ampleur équivalente n’avait pas été observé depuis 1930 !
Nuit de navigation.

7ème jour (8 août)

Un épais brouillard enveloppe le navire sur une mer formée. Doucement apparaît la calotte glaciaire de l’île Blanche, Kvitoya qui apparaît en plein soleil. Une sortie en zodiac est prévue, c’est plus compliqué que d’habitude, le vent a forci, les vagues aussi. En route nous observons un ours blanc qui repose sur un rocher et un petit groupe de morses femelles avec 2 jeunes. Nous nous dirigeons vers notre point de débarquement : le monument à la mémoire d'August Salomon Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg situé au pied de la calotte glacière. La plaque commémore l’expédition des trois hommes arrivés sur cette île en 1897 après la chute de leur ballon et trois mois de survie sur la banquise. Nous regagnons le bateau, la mer est forte, il fait froid, nous sommes mouillés mais le staff nous accueille avec une boisson chocolatée arrosée. Le brouillard revient, le soleil n’aura duré que le temps du débarquement, quelle chance !!!

Après le diner nous repassons devant le front glaciaire d’Austfonna, et l’on nous annonce qu’un ours a été observé mangeant un phoque à 1h30 de navigation, le capitaine fait un léger détour et nous arrivons sur zone vers 22h, pas de problème ici il fait jour toute la nuit. Le spectacle du front glacière est aussi beau que la veille, un peu différent toutefois, la lumière est éclatante et l’ourse est repérée. L’approche du commandant est parfaite, lente et silencieuse. L’ourse semble dormir, mais régulièrement elle se lève pour se lécher les pattes et gratter la glace rouge du sang de sa proie qui n'est plus identifiable. Nous restons à l’observer, immobile, à cent mètres de distance, comme sur la banquise les mouettes blanches sont présentes.
Nuit de navigation.

8ème jour (9 août)

Réveil dans le Freemansundet. Premier arrêt à Sundunset et balade dans la toundra avec petits lacs. Nous débarquons devant une cabane de trappeur. Nous marchons à travers un terrain spongieux, le mollisol. Sur un lac des eiders à tête grise avec poussins et harèldes boréales. Au loin, un renne. A terre de nombreux bois de renne, et des os de vertèbre de baleine. Je n’ai pas fait la sortie de l’après-midi à Kapp Lee, ras le bol du temps gris et d’enfiler des bottes qui ne me vont pas. Quelques rennes et morses.

Nuit de navigation dans le Storfjorden avec les belles lumières d'un soleil de minuit.

 

9ème jour (10 août)

Aujourd’hui, nous entrons dans le splendide Hornsund, bordé des massifs typiques du Spitzberg, mélange ahurissant de glaciers, moraines, et falaises abruptes, décorées de stries verticales enneigées. Temps très brumeux, 4°. Le navire mouille parmi les glaces. Dernière sortie zodiac, nous entrons dans le monde féerique de Burgerbukta, un fjord étroit empli d’énormes et splendides icebergs. Nous rencontrons plusieurs groupes de mouettes tridactyles, certains observeront la mouette blanche. Les fulmars et guillemots à miroir sont présents. Il fait très froid près du glacier.

Nous reprenons la navigation, à minuit, les moteurs s’arrêtent, l’ancre est jetée :sommes nous en panne ? je me lève, il fait gris, nous sommes devant Longyearbyen, c’est la fin du voyage.

10ème jour (11 août)

Les valises sont faites, nous prenons notre dernier petit déjeuner, nous rendons les clés de la cabine, il est 8h le bateau accoste, 8h15 nous sommes sur le quai, nos bagages sont descendus dans un filet par un palan, notre groupe a journée libre à Longyearbyen, nos compagnons vont visiter Barentsburg. Nous nous séparons, chacun fait ce qu’il lui plaît, les commerces sont ouverts de 10h à 17h (nous sommes samedi), achats de souvenirs, visite du musée du Svalbard ***, ballades sur la côte, dernières observations d’oiseaux, moins nombreux que le premier jour. Temps gris, plus clair l’après-midi, 7°. Au supermarché un rayon de fromages français et des rillettes de maquereau de l’île de Groix.

11ème jour (12 août)

Une longue journée de voyage nous attend. Lever 5h, arrivée à l’aéroport à 6h, décollage 8h, le temps est gris. Arrivée à Oslo à 10h35, il pleut, nous avons 6h d’escale, nous redécollons vers 17h15 sous le soleil mais très vite nous retrouvons les nuages qui nous accompagnerons jusqu’à Paris, atterrissage à 19h20.
Nous avons de merveilleux souvenirs dans la tête et il faut se réhabituer à revivre l'alternance jour-nuit !!!



 

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